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L'UX du deuil : comment les plateformes gèrent (ou non) la disparition

Facebook Memorial, Apple Digital Legacy, deadbots — comment les plateformes intègrent (ou refusent d'intégrer) la mort dans leur design, et ce que ce point aveugle révèle de leur vision de l'utilisateur.

Auteur
Thomas V.
Tags
UX/UI, Actualité
Date de publication
Publié le 25 août 2026

Facebook Memorial, Apple Digital Legacy, et les questions de design que pose la disparition.

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Une notification qui dérange

Un matin, votre téléphone vibre. Facebook vous suggère de souhaiter un joyeux anniversaire à un ami. Sauf qu'il est mort il y a huit mois. La plateforme, elle, ne le sait pas. Ou plus exactement : elle ne sait pas comment intégrer cette information dans son fonctionnement quotidien, qui repose sur un présupposé invisible mais structurant. L'utilisateur est vivant.

C'est précisément ce point aveugle que le design des plateformes commence, lentement, à corriger. Car les chiffres sont vertigineux. Selon une étude de l'Oxford Internet Institute publiée en 2019, le nombre de comptes Facebook appartenant à des personnes décédées pourrait atteindre 4,9 milliards d'ici 2100, et dépasser celui des utilisateurs vivants dès 2070. Côté français, une enquête Harris Interactive-CNIL réalisée en novembre 2024 indique que près d'un tiers des Français déclare avoir déjà été confronté à des contenus émanant de comptes de personnes décédées sur les réseaux sociaux.

La mort numérique n'est plus un cas marginal. C'est devenu un problème de design à l'échelle, qui interroge la manière dont nos interfaces racontent (ou refusent de raconter) la disparition. Et qui, ce faisant, révèle ce que les plateformes pensent vraiment de leurs utilisateurs.

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Le présupposé invisible — l'utilisateur est vivant

Toute plateforme fonctionne sur un postulat tacite. L'utilisateur respire. Il se connecte, scrolle, like, commente. Toute l'architecture des notifications, des relances, des recommandations, repose sur cette présence active. Quand cette présence cesse brutalement, l'interface se met à dérailler.

Le chercheur Jed Brubaker, professeur associé à l'Université du Colorado à Boulder et fondateur du Identity Lab, a fait de cette zone grise son objet de recherche. Il a directement contribué au développement de la fonction Legacy Contact de Facebook, lancée en 2015. Pour Brubaker, les ordinateurs sont désormais partie prenante non seulement de la manière dont nous travaillons, mais aussi de la manière dont nous vivons, et de plus en plus, de la manière dont nous mourons.

Cette intuition a donné naissance à un courant de recherche en interaction homme-machine baptisé thanatosensitivity, terme proposé par les chercheurs Massimi et Charise dès 2009. L'idée : concevoir des technologies qui prennent en compte l'expérience du mourir, du deuil, et de l'après. Une discipline encore embryonnaire, mais qui a déjà transformé certaines décisions de design chez les grandes plateformes.

Ce que Brubaker a observé en comparant Myspace et Facebook au début des années 2010 est révélateur. Sur Myspace, les utilisateurs s'adressaient directement aux morts, et la communauté pouvait reprendre quelqu'un qui aurait dirigé ses messages vers les vivants. Sur Facebook, le deuil s'organisait autour des survivants, avec des espaces de soutien dédiés. Deux architectures techniques très proches, deux cultures de deuil radicalement différentes. Le design ne se contente pas d'accueillir des pratiques, il les façonne.

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Facebook Memorial — la première tentative à grande échelle

C'est en 2009 que Facebook a introduit la mémorialisation. À l'origine, une réaction d'urgence : après la fusillade de Virginia Tech en 2007, des proches de victimes ne savaient que faire des profils des morts. Facebook a alors permis de geler un compte tout en le maintenant visible, transformant la page en un espace de recueillement.

Le mot « Remembering » apparaît au-dessus du nom. Le compte est protégé contre les tentatives de connexion. Il ne génère plus ni rappels d'anniversaire, ni suggestions d'amitié.

En 2015, Facebook ajoute la fonction Legacy Contact, qui permet à l'utilisateur de désigner, de son vivant, une personne chargée de gérer son profil après sa mort. Ce contact peut épingler un message en haut du profil (souvent les informations sur la cérémonie funéraire), modérer la section Hommages, mettre à jour la photo de profil. En 2019, Facebook a annoncé utiliser l'intelligence artificielle pour empêcher, en amont, qu'un profil non encore mémorialisé ne déclenche des invitations à des événements ou des rappels d'anniversaire susceptibles de causer de la détresse, selon les déclarations de la plateforme. Plus de 30 millions de personnes consultent chaque mois des profils mémorialisés.

Mais derrière cette mécanique apparemment soignée, plusieurs critiques persistent. La sociologue Tama Leaver, citée dans les travaux de l'Oxford Internet Institute, a notamment souligné que la mémorialisation reste une fonction défensive, conçue pour gérer les réactions des vivants plus que pour honorer les morts. C'est un design réactif. Il prend acte du décès, mais ne propose aucun langage visuel ou sémantique pour le ritualiser. Le profil mémorialisé reste un profil. Avec ses likes, ses commentaires, sa timeline. Simplement, il est figé.

Autre angle mort : le modèle économique. Comme l'a noté la chercheuse Nora Freya Lindemann (Université d'Osnabrück) dans un article publié en 2022 dans Science and Engineering Ethics, le maintien d'un profil sous forme mémorialisée plutôt que sa suppression a un effet collatéral : les proches reviennent régulièrement consulter ce profil, et donc passer du temps sur la plateforme. Ce qui, dans une économie de l'attention, n'est pas neutre.

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Apple Digital Legacy — le testament numérique chiffré

Apple est arrivé tardivement sur ce terrain, avec une approche très différente. Le programme Digital Legacy a été lancé en décembre 2021 avec iOS 15.2, iPadOS 15.2 et macOS Monterey 12.1.

Le principe est plus proche d'un acte notarié que d'un dispositif communautaire. L'utilisateur peut désigner jusqu'à cinq contacts héritiers (Legacy Contacts) directement depuis ses réglages Apple ID. Apple génère pour chaque contact une clé d'accès unique, qui peut être envoyée via Messages, imprimée, sauvegardée en PDF ou jointe à un testament. À la mort de l'utilisateur, le contact héritier doit fournir cette clé d'accès accompagnée d'un certificat de décès pour obtenir un Apple ID temporaire permettant d'accéder aux données pendant trois ans, après quoi le compte est définitivement supprimé.

Ce que le contact peut récupérer : photos, vidéos, messages, notes, contacts, calendriers, e-mails, sauvegardes iCloud, données dans iCloud Drive. Ce qu'il ne peut pas récupérer : les mots de passe stockés dans Keychain, les abonnements payants, les achats sous licence (films, musique, livres), les informations de paiement, les transactions Apple Pay.

Cette architecture dit beaucoup d'Apple. La marque traite la mort comme un problème de chiffrement et de transmission patrimoniale, à résoudre individuellement, dans le cadre privé. Pas de mémorial public, pas de timeline. Une enveloppe scellée qui s'ouvre selon des règles strictes.

C'est probablement la solution la plus alignée avec une éthique de la confidentialité, mais elle a un revers. Elle place toute la charge cognitive sur l'utilisateur de son vivant. Combien de personnes savent que cette fonction existe ? Combien l'ont configurée ? Apple ne communique pas ces chiffres, mais l'expérience suggère qu'ils sont marginaux. Le testament numérique reste, comme son cousin papier, une démarche qu'on remet à plus tard.

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Google Inactive Account Manager — la mort par inactivité

Google a été pionnier sur le sujet, dès 2013, avec son Inactive Account Manager. Une approche encore différente : Google ne demande pas si l'utilisateur est mort. Il observe son inactivité.

L'utilisateur définit lui-même un délai (3, 6, 12 ou 18 mois) au-delà duquel son compte sera considéré comme inactif. Avant toute action, Google envoie plusieurs alertes par e-mail et SMS. Si aucune réponse n'arrive, le système notifie jusqu'à 10 contacts de confiance désignés par l'utilisateur, qui peuvent recevoir tout ou partie des données (Gmail, Drive, Photos, etc.). En option, le compte peut être automatiquement supprimé.

Comme l'écrivait Andreas Tuerk, product manager chez Google en avril 2013, peu d'entre nous aiment penser à la mort, surtout à la nôtre, mais préparer ce qui se passera après notre disparition reste important pour les personnes que nous laissons derrière.

Depuis décembre 2023, Google applique en outre une politique de suppression automatique des comptes restés inactifs pendant deux ans, sauf paramétrage contraire, ce qui change radicalement la donne pour les comptes des défunts non préparés.

Trois plateformes, trois philosophies. Facebook traite la mort comme un événement social qui doit s'inscrire dans la communauté. Apple la traite comme un événement patrimonial qui doit être chiffré. Google la traite comme un signal statistique d'inactivité. Aucune n'a tort, mais chacune révèle une vision du mort, et donc, par contrecoup, du vivant.

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Le frottement — quand l'interface ne sait pas que vous êtes mort

Le vrai problème commence quand ces dispositifs ne sont pas activés. Et dans la grande majorité des cas, ils ne le sont pas.

Selon les chiffres relayés par la CNIL et certaines études du secteur, environ 8 000 utilisateurs Facebook meurent chaque jour dans le monde. Une fraction infime d'entre eux a configuré un Legacy Contact. Le reste laisse derrière soi des comptes qui continuent de vivre, mécaniquement, en générant ces fameux frottements émotionnels que les chercheurs en HCI appellent des jarring interactions.

LinkedIn vous suggère de féliciter un mort pour son anniversaire de travail. Spotify vous met en avant un Wrapped d'un proche disparu. TikTok vous propose un duo avec une personne décédée. Strava vous indique que vous avez battu le record d'un coureur qui ne courra plus jamais. Tinder, plus rarement évoqué mais documenté par plusieurs articles de la presse spécialisée, continue de présenter le profil d'utilisateurs disparus à de potentiels matches qui ignorent tout de la situation.

Chaque notification est, en soi, parfaitement conforme à la logique de la plateforme. C'est précisément ce qui la rend dérangeante. La mort agit comme un révélateur des présupposés du design. Ce qui passait inaperçu dans le flot de la vie devient, soudain, presque obscène.

Les designers commencent à conceptualiser cette zone aveugle. Comme l'a écrit Berke Tagani dans un article de Medium publié en avril 2025, les systèmes devraient éviter les interactions émotionnellement brutales, car une notification d'anniversaire d'un ami disparu peut provoquer un chagrin inattendu. Les interfaces doivent être conscientes du contexte de la mortalité.

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Designer pour le deuil — un terrain quasi vierge

Ce que la recherche commence à formaliser, c'est l'idée qu'on ne peut pas concevoir pour des utilisateurs morts, mais qu'on peut (et qu'on doit) concevoir pour les utilisateurs en deuil. Ce n'est pas la même chose.

Matthew Stephens, designer ayant travaillé sur des produits de fin de vie, l'a résumé dans un article publié sur Medium en 2025. Pour lui, en situation de deuil, personne ne veut partir d'une page blanche : les modèles préremplis et les exemples permettent à l'utilisateur de commencer plus facilement, et chaque libellé, chaque message doit être réécrit pour être humain plutôt que clinique. Selon lui, des formulations comme « prenez votre temps » devraient remplacer les boutons « Suivant », et « vous pourrez modifier cela plus tard » remplacer les « Soumettre ».

Cette grammaire douce contraste violemment avec la grammaire dominante des plateformes, optimisée pour la friction zéro et l'efficacité. Le deuil, lui, demande de la friction. Du temps. De la lenteur. De la possibilité de revenir en arrière, de pauser, de ne pas savoir.

D'autres principes commencent à émerger dans la littérature en interaction homme-machine, notamment dans le scoping review publié à la conférence CHI 2023 (Dying, Death, and the Afterlife in Human-Computer Interaction). On y retrouve plusieurs constantes : la nécessité d'un design culturellement non occidental (les rituels de deuil ne sont pas universels), l'importance de la non-linéarité (le deuil n'est pas un parcours utilisateur), la centralité de la confiance (on confie à une plateforme des choses sacrées), et la transparence sur le devenir des données.

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Le tournant inquiétant — les deadbots et la résurrection algorithmique

Tout cela serait déjà un dossier de design considérable s'il en restait là. Mais ces dernières années, l'apparition des modèles de langage génératifs a ouvert un terrain nouveau, et profondément ambigu : la simulation conversationnelle des morts.

On les appelle deadbots, griefbots, digital ghosts. Le principe : entraîner un modèle sur les messages, e-mails, posts d'une personne décédée pour permettre à ses proches de continuer à converser avec une version synthétique d'elle.

L'épisode Be Right Back de la série Black Mirror, diffusé en 2013, avait anticipé le scénario avec une précision dérangeante. Une femme en deuil souscrit à un service qui recompose son compagnon mort à partir de ses traces numériques. Plus de dix ans plus tard, la fiction a basculé. Comme l'a relevé un long article du Verge intitulé Speak, Memory, la fondatrice du chatbot Replika, Eugenia Kuyda, a explicitement bâti son entreprise après avoir tenté de recréer un chatbot à partir des messages de son ami décédé.

Plusieurs entreprises proposent désormais ces services à des degrés divers : HereAfter AI (États-Unis), Project December, ou la sud-coréenne re;memory, qui permet de générer des avatars vidéo de défunts à partir d'une dizaine de secondes d'enregistrement.

La recherche académique tire la sonnette d'alarme. Une étude conduite par Yifan Li et Xingyu Lan à l'Université Fudan en 2026, basée sur des entretiens approfondis avec 26 utilisateurs de deadbots, montre que les utilisateurs ne sont pas des récepteurs passifs mais des constructeurs actifs de la représentation numérique du défunt : par sélection des données d'entrée, par ajustements interactifs continus, et par supplémentation cognitive imaginative, ils bâtissent une figure idéalisée mêlant souvenirs authentiques et attentes personnelles.

En clair : les utilisateurs ne dialoguent pas vraiment avec le mort, ils dialoguent avec une projection algorithmique qu'ils retravaillent en permanence. Et au fil du temps, les souvenirs authentiques et les souvenirs générés finissent par se confondre. C'est précisément ce que craignent les éthiciens.

Nora Freya Lindemann, dans son article The Ethics of Deathbots paru dans Science and Engineering Ethics en 2022, propose un déplacement de la question. Plutôt que de se demander si ces dispositifs respectent la dignité du mort, elle suggère d'examiner d'abord leur impact sur la dignité et l'autonomie des endeuillés. Selon elle, en s'appuyant sur les théories de l'affectivité étayée par internet et sur les théories du deuil, ces deathbots peuvent affecter négativement le processus de deuil et limiter le bien-être émotionnel et psychologique de leurs utilisateurs.

Le design joue ici un rôle critique. Comme l'a souligné Katarzyna Nowaczyk-Basińska, chercheuse au Leverhulme Centre for the Future of Intelligence (Cambridge), interviewée dans Scientific American en 2025, la conception de ces interfaces (ton, persistance, modalité d'interaction) détermine en grande partie si l'expérience devient un soutien au deuil ou un mécanisme d'évitement pathologique.

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Le cadre français — la mort numérique comme droit

Sur ce sujet, la France occupe une position intéressante. La loi pour une République numérique du 7 octobre 2016, portée par Axelle Lemaire, a introduit dans la loi Informatique et Libertés un article 85 qui consacre un droit aux données post mortem.

Concrètement, toute personne peut, de son vivant, formuler des directives générales (un « testament numérique » global) ou particulières (concernant un service précis : Facebook, Gmail, etc.) sur le devenir de ses données. Les directives générales devaient pouvoir être enregistrées auprès d'un tiers de confiance certifié par la CNIL, mais comme le rappelle la revue Linc de la CNIL elle-même, les décrets d'application n'ont jamais été publiés. Les particuliers peuvent toutefois consigner ces directives auprès d'un notaire.

Le RGPD européen, lui, ne s'applique qu'aux vivants. Son considérant 27 est explicite à ce sujet, et c'est pourquoi chaque État membre est libre d'organiser comme il l'entend la question des données post mortem. Résultat : un patchwork juridique où, comme le note la juriste Julie Groffe, citée dans la Revue des droits et libertés fondamentaux, un être numérique peut être mort dans un pays et éternel dans un autre.

La CNIL elle-même a fait de ce sujet l'un de ses chantiers éthiques majeurs. Son événement air2025, organisé en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France le 15 octobre 2025, était entièrement consacré à la mémoire numérique et aux données post mortem. Signe que la question quitte le champ exclusif des designers et des juristes pour entrer dans celui de la politique publique et du patrimoine.

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Ce que la mort dit du design

Au fond, ce que cette zone aveugle révèle, c'est ceci : nos plateformes ont été conçues comme si la vie était un flux continu d'engagement. Le décès n'y était pas un cas d'usage. Il était un bug.

La manière dont chaque plateforme a, peu à peu, construit sa réponse à ce bug en dit plus sur sa philosophie profonde que mille manifestes design. Facebook a inventé le mémorial communautaire, fidèle à sa logique de graphe social. Apple a inventé le coffre-fort héréditaire, fidèle à sa logique de chiffrement et de patrimoine privé. Google a inventé le compte qui s'éteint tout seul, fidèle à sa logique d'automatisation par les signaux.

Aucune de ces réponses n'est complète. Toutes laissent des angles morts considérables. Et toutes butent sur la même difficulté : la mort n'est pas un cas particulier de la vie, elle en est le contre-point. Elle ne se laisse pas aisément paramétrer dans une interface conçue pour optimiser la présence.

C'est peut-être pour cela que designer pour le deuil est, au fond, l'exercice le plus exigeant qui soit. Il oblige à repenser les notions de friction (positive plutôt que négative), de notification (silencieuse plutôt que insistante), de continuité (interrompue plutôt que perpétuelle), et de présence (mémorielle plutôt qu'active). Toutes choses contre lesquelles les KPI dominants de l'industrie ont été calibrés.

Il y a sans doute ici, pour les studios de design, un terrain d'expérimentation rare. Concevoir pour la mort, c'est concevoir pour l'humain dans ce qu'il a de plus irréductible. Et accessoirement, c'est aussi concevoir pour les vivants, qui, statistiquement, finiront tous par avoir besoin que leurs interfaces sachent les laisser partir.

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Sources et références

Recherche académique. Öhman, C. J. & Watson, D. (2019), Are the dead taking over Facebook? A Big Data approach to the future of death online, Big Data & Society, Oxford Internet Institute. Massimi, M. & Charise, A. (2009), Dying, death, and mortality: towards thanatosensitivity in HCI, CHI '09. Brubaker, J. R. (2015-2024), travaux du Identity Lab, University of Colorado Boulder. Lindemann, N. F. (2022), The Ethics of Deathbots, Science and Engineering Ethics, vol. 28. Li, Y. & Lan, X. (2026), Remember You: Understanding How Users Use Deadbots to Reconstruct Memories of the Deceased, arXiv:2603.01017. Hollanek, T. & Nowaczyk-Basińska, K. (2024), Griefbots, Deadbots, Postmortem Avatars, Philosophy & Technology, Springer. Dying, Death, and the Afterlife in Human-Computer Interaction. A Scoping Review (2023), CHI Conference, ACM.

Sources institutionnelles. CNIL, Mort numérique : quels sont vos droits ?, mise à jour octobre 2025. CNIL, air2025 — Intimité des disparus, mémoire des vivants, colloque du 15 octobre 2025. Loi n°2016-1321 pour une République numérique, article 63 (mort numérique). Meta, Memorialization Policy, Transparency Center. Apple, Digital Legacy, support officiel et digital-legacy.apple.com. Google, About Inactive Account Manager, support.google.com.

Presse et magazines. Designing for a Better Death, NOVA / PBS, 2018. Speak, Memory, The Verge, sur Eugenia Kuyda et le projet Replika. Griefbots Offer AI Connections with Deceased Loved Ones, Scientific American, 2025. From mourning to machine, Schwartz Reisman Institute, University of Toronto, 2024. Funeral.com, AI Grief Bots: The Ethics of Talking to the Dead, 2026.

Lectures complémentaires. Brubaker, J. R., You're going to die. What will happen to your online life?, TEDxMileHigh. Swindler, K., Life and Death Design: What Life-Saving Technology Can Teach Everyday UX Designers, Rosenfeld Media.

Article rédigé pour L'Équipage. Toute réutilisation partielle bienvenue avec mention de la source.

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